Écrire, traduire : soirée Bernard Simeone

L’Association des Amis de Bernard Simeone et la librairie Le Bal des Ardents vous invitent à saluer la sortie en librairie de :

simeoneÉcrire, traduire, en métamorphose et la réédition de Cavatine aux éditions Verdier

le jeudi 16 octobre à 19 heures

Cavatine, un roman dont la publication brochée date de 2000, sera présenté par Gilbert Vaudey, historien et écrivain.
Écrire, traduire, en métamorphose, un recueil de textes de Bernard Simeone portant sur sa pratique de l’écriture et de la traduction, sera présenté par Jean-Claude Zancarini, professeur émérite en études italiennes à l’ENS de Lyon, et traducteur.

 

Pour plus de renseignements, se rendre sur le site de la librairie
Le Bal des Ardents
17 rue Neuve, Lyon 1er
Tél. : 04 72 98 83 36

Durs apprentissages

La chronique de Corinna Gepner 

Avec Scènes de ma vie, le paysan autrichien Franz Michael Felder (1839-1869) livre une autobiographie singulière et fascinante. Conscient dès son plus jeune âge de n’être pas comme les autres, il se fraie difficilement un chemin parmi les aléas de l’existence. La vie est rude dans les montagnes du Vorarlberg, surtout quand on n’est pas de constitution robuste et que l’on se découvre un goût pour les livres et l’écriture. Avec une acuité et une profondeur de vue peu communes, Felder décrit son douloureux apprentissage, ses espoirs et ses déchirements, ses découvertes et ses désillusions – et sa volonté inébranlable d’accéder à l’univers de la littérature.
Scènes de ma vieSon originalité tient toutefois à ce qu’il ne cherche pas à se réfugier dans le monde des livres ni à se couper de ses racines paysannes. Au contraire, c’est chez lui, dans son village natal, qu’il entend vivre sa vocation existentielle, en la mettant au service du bien commun. Pour lui, la culture rime manifestement avec le développement d’une conscience politique et sociale qui l’amènera à lutter contre l’exploitation dont sont victimes les paysans de sa région. Il conçoit l’éducation comme une voie de libération pour ceux que la société maintient sous le joug de l’ignorance et d’une oppression qui ne s’affiche pas nécessairement comme telle. Inutile de dire que Felder ne se fait pas que des amis parmi ceux dont il dénonce les abus – mais aussi chez les paysans, qui ne savent que penser de cet extravagant qui n’a pas de place dans leur univers mental.
On est frappé par l’authenticité, la force et l’intelligence du récit, impressionné par l’incroyable courage qui se déploie dans ces pages et par la beauté de la langue de Felder. Incisive, poétique, virulente, tendre : elle dit aussi bien la colère que l’amour, l’émerveillement que le dégoût. Elle restitue admirablement les tourments d’une âme cherchant désespérément à se faire entendre, non pour sa propre satisfaction, mais parce qu’elle se sait capable d’apporter à autrui des lumières qui lui donneront accès à une vie meilleure.
Il n’est pas étonnant que l’amour y tienne une aussi grande place : la figure de Nanni, celle qui deviendra la femme de Felder, illumine le récit. On laissera à la passionnante postface de Jean-Yves Masson le soin d’expliciter la fonction assumée de ce texte, hymne poignant à l’amour, à l’épouse défunte qui aura permis à l’auteur de devenir ce qu’il est.
Enfin on ne saurait trop souligner l’excellence de la traduction, qui épouse avec force et délicatesse le phrasé de Felder, et qui a su se couler dans le moule de l’époque sans pour autant donner le sentiment d’avoir « reconstitué » un langage.

Franz Michael Felder
Scènes de ma vie
Traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Le Lay
Verdier, 2014

Dans son roman Humains, l’écrivain Matt Haig rejoue à sa façon la fiction du voyageur persan à la Montesquieu. Une civilisation très avancée dépêche un des siens sur la planète Terre afin de prendre la place du mathématicien anglais Andrew Martin, qui vient de résoudre une équation dont les conséquences sont incalculables pour l’humanité – et donc aussi pour tous les voisins, proches ou éloignés, de la Terre. Sa mission est claire : tuer tous ceux auxquels Andrew Martin a parlé de sa découverte, collègues, épouse, fils…
HumainsMais d’abord, il lui faut s’accoutumer à la vie terrestre et jouer tant bien que mal le rôle du professeur Martin, lequel était manifestement un grand savant, mais aussi un piètre époux et un père défaillant.
Il en résulte un récit hilarant de ses mésaventures dans ce monde qu’il ne comprend pas et qui lui paraît à la fois absurde et répugnant. Mais, bien sûr, en apprivoisant peu à peu son nouvel environnement, il se prend au jeu et finit par déceler les beautés cachées de ce qu’il considérait auparavant de l’œil froid d’un Vonnadorien rationaliste. Cependant il serait erroné de ne voir dans ce roman qu’une illustration de plus d’un schéma narratif bien connu. Au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue, on est saisi par le fond de mélancolie et d’émerveillement qui sous-tend le texte. On le sent habité à la fois par le désespoir et par un désir forcené de faire advenir le beau et de redonner à l’art – la poésie, la musique – la place centrale qu’il devrait avoir dans toute existence. Dire que le faux Andrew Martin découvre les vertus de l’amour pourrait paraître, là aussi, trop attendu et prévisible pour être vraiment convaincant. Et pourtant… On comprend bien qu’il ne s’agit pas d’une formule toute faite, mais qu’il y a là une expérience de vie qui donne au récit toute sa force. Et quand on referme le livre, on a le sentiment d’avoir fait une plongée régénératrice en soi-même.
La traduction est d’une inventivité qui rend parfaitement justice au texte, elle le fait vivre et contribue très largement à l’émotion et au plaisir que l’on éprouve à la lecture de ce roman.

Matt Haig
Humains
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Valérie Le Plouhinec
Hélium, 2014

 

Concours vidéo du CEATL : et le gagnant est…

Le CEATL (Conseil européen des associations de traducteurs littéraires) a annoncé son choix pour le lauréat de son troisième concours international de vidéos visant à rendre notre profession plus lisible : il s’agit du film Words travel worlds, de Cristina Savelli et Alessandra Maldina. Le prix leur sera remis le 30 septembre, jour de la saint Jérôme.

Pour en savoir plus sur le concours et sur les autres films en lice, nous vous invitons à consulter le communiqué du CEATL. Le magazine en ligne Actualitté a également consacré un joli article à cette annonce.

Rencontres : un traducteur et son auteur

La Bulac (Bibliothèque universitaire des langues et civilisations de l’Inalco) propose cet automne un cycle de conférences intitulé « À la table du traducteur ».

C’est dans ce cadre qu’aura lieu, le jeudi 25 septembre, de 18h30 à 20h00, une rencontre avec Charlotte DangClaude Philip, traducteurs, et Michel Fournié (Institut national des langues et civilisations orientales), animée par Patrick Maurus (Institut national des langues et civilisations orientales).

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Avec la participation exceptionnelle de Phan Huy Đuòng (ci-contre), écrivain et traducteur, à l’occasion de la parution du roman Une bien modeste famille (collection Sémaphores, Éditions Intervalles, 2014) de l’auteur Dạ Ngân.
http://www.bulac.fr/conferencesrencontres/alatabledutraducteur/un-traducteur-et-son-auteur/

Et le 18 novembre : rencontre avec Chloé Billon, traductrice et Mileta Prodanovic, écrivain, animée par Marie Vrinat-Nikolov (INALCO) à l’occasion de la parution du roman Ça pourrait bien être votre jour de chance, (collection Sémaphores, Éditions Intervalles, 2014).
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Entrée libre
Auditorium du Pôle des langues et civilisations
65, rue des Grands Moulins
75013 PARIS
Métro : Bibliothèque François Mitterrand
Bus : 62, 64, 89, 132, 325
Tram : T3a – Avenue de France

 

Retrouvez ici les joutes de traduction du festival America

René_d'Anjou_Livre_des_tournois_France_Provence_XVe_siècle_2Oyez, oyez ! Deux joutes de traduction, organisées par l’ATLF, ont eu lieu dans le cadre du festival America à Vincennes, le vendredi 13 et le samedi 14 septembre 2014. Une première en France. Le principe : deux traducteurs reçoivent, quelques jours à l’avance, un texte inédit d’un auteur invité au festival. Chacun le traduit en solo, et découvre la version de l’autre en direct. Il lui revient alors de défendre ses choix de traduction et de répondre aux questions du public.

Pour la joute du samedi, Nicolas Richard et Charles Recoursé avaient traduit une nouvelle inédite de l’Américain Tom Drury, Heroin Man. Devant une salle comble, Emmanuèle Sandron, l’animatrice de la rencontre, a interrogé les deux jouteurs sur leurs options de traduction. Pourquoi ce titre ? Commet aborder la répétition ? Comment rendre le punch des répliques assassines que s’échangent les enfants du narrateur d’un air angélique ?
Chaque jouteur a habilement plaidé sa cause, quand il ne s’est pas fait le défenseur des choix de son adversaire. Une citation des Métamorphoses d’Ovide, « how useful », qui revient trois fois dans la nouvelle et qui lui sert de chute, leur a donné du fil à retordre à tous les deux. La solution la plus convaincante est venue du public : « De l’utilité du désastre. »
L’auteur, appelé à rejoindre les jouteurs à la tribune, a lu de bonne grâce de nombreux extraits de son texte et en a expliqué les passages les plus difficiles, comme cette obscure histoire de tapis tressé. Les discussions se sont poursuivies en coulisses, les jouteurs n’étant pas d’accord sur la traduction à donner à siblings dans ce contexte : « frères et sœurs » ou « enfants » ? Dilemme insoutenable, que l’auteur a tranché par la suite : il s’agissait bien des frères et sœurs du personnage.
Pour les personnes désireuses d’approfondir, le texte de cet atelier de traduction pas comme les autres est téléchargeable ici : Joute Tom Drury.

Puis, le dimanche, pour la rencontre « arbitrée » par Cécile Deniard, ce sont Anne Rabinovitch et Isabelle Perrin qui ont confronté leurs visions d’un extrait de New Year’s, une nouvelle d’Adelle Waldman.
L’extrait traduit consistait en un portrait de l’héroïne de la nouvelle. Tandis qu’Isabelle Perrin, qui avait choisi de se lancer dans l’exercice spontanément, sans rien lire d’autre d’Adelle Waldman, nous en a donné une interprétation pleine d’espièglerie, assez adolescente et « girly », allant jusqu’à commettre volontairement quelques anachronismes (« bolosse » étant le plus spectaculaire) pour le plaisir de jouer le jeu et de pousser l’exercice jusqu’à ses limites, Anne Rabinovitch, connaissant bien l’univers de l’auteur dont elle vient de traduire La Vie amoureuse de Nathaniel P., en proposait de son côté une vision plus sérieuse – illustrant une nouvelle fois l’importance de la subjectivité du traducteur.
Comme lors de la première joute, le public a participé et posé des questions nombreuses et précises, interpellant sans merci les jouteuses à propos d’une majuscule à « Américaine » ou d’un point-virgule disparu à la traduction !
Pour télécharger le texte et étudier les deux versions à tête reposée, c’est ici : Joute Adelle Waldman.

Le public était au rendez-vous, au point que nous avons malheureusement dû refuser du monde – et nous nous en excusons auprès des personnes qui se sont cassé le nez à la porte. Une conclusion s’impose pour la prochaine édition du festival : il faudra prévoir des salles plus grandes !

Les vidéos du concours du CEATL sont en ligne !

Pour la troisième année, le CEATL (Conseil européen des associations de traducteurs littéraires) a lancé un concours de vidéos destiné à améliorer la visibilité du traducteur. Le thème imposé, cette année, était Portraits de traducteurs littéraires.

Les vidéos sont désormais visibles ici, et nous vous encourageons chaudement à aller les voir, elles valent le détour et on ne peut que féliciter les participants.

Du côté des traducteurs

Notons que l’un de ces films est réalisé par un traducteur membre de l’ATLF, Luc Hesse, qui a réalisé un très joli portrait de  Deke Dusinberre, Chiu Jui Luan et Nicolas Richard. On lui dit m*** en attendant la proclamation du vainqueur !

 

Traducteurs en librairie/ 32

Cliquer sur l’image vous transporte sur le site de l’éditeur ; cliquer sur le nom du traducteur vous donne accès à sa fiche dans l’annuaire de l’ATLF.
Merci de nous avoir communiqué vos parutions.

Robert Charles Wilson
Les Derniers Jours du Paradis
Traduit de l’anglais (Canada) par Gilles Goullet
Denoël, collection Lunes d’Encre, 2014

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Robert Charles Wilson
Les Perséides
Traduit de l’anglais (Canada) par Gilles Goullet
Le Bélial’, 2014

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Nathan Filer
Contrecoups
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Philippe Mothe
Éditions Michel Lafon, 2014

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Kate Grenville
Sarah Thornhill
Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol
Éditions Métailié, 2014

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Ici, in article sur cet ouvrage dans Lire.

Lionel Shriver
Big Brother
Traduit de l’anglais par Laurence Richard
Éditions Belfond, août 2014
Big Brother

 

Niall Kishtainy
Économie minute
Traduit par Stéphane Normand
Éditions Contre-Dire

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