Bourdes, bévues… et autres comment ai-je pu ?

N’espérez pas de nous nos plus belles perles ! Nous en ignorons tout, qu’elles soient passées inaperçues tant elles étaient grosses ou que les bonnes âmes les ayant repérées aient choisi de se taire – pas d’infarctus sur la conscience !
Restent celles qui nous sautent au nez, parfois sitôt ouvert le premier exemplaire, parfois des années plus tard, par exemple lors d’une relecture en vue de réédition ou d’un atelier de traduction, pour lequel nous livrons en pâture le produit de nos pauvres efforts.

Le premier de ces chocs m’est arrivé sous forme de lettre, au temps du tout papier. Un courrier de lecteur, si louangeux qu’on y voyait venir le « mais » gros comme une montagne. Il vint en effet. Pourquoi diantre avais-je attribué le genre féminin à un chercheur du M.I.T. portant moustache, mon lecteur en témoignait pour avoir travaillé avec lui ?
Je serais bien en peine aujourd’hui de dire quel traquenard grammatical m’avait conduite à introduire une précision absente de l’original, mais le fait était là : j’avais transmué un Ida en une Ida.
Véniel ? À demi seulement. Car je n’avais que cette pauvre excuse : « Pas un instant je n’ai pensé… » Sincère à coup sûr, mais j’entendais encore la réplique parentale de mon enfance : « Ah ! tu n’a pas pensé ? C’est bien ce qu’on te reproche, n’avoir pas pensé ! »
Accordons-moi des circonstances atténuantes. C’était au temps de la malle-poste ; aujourd’hui, un tour sur le Net suffirait. En vingt secondes, Ida X retrouverait sa virilité. Au moindre nom propre ou terme obscur, moteur (de recherches), action ! Histoire de s’assurer que le Pirée est un homme…
N’empêche ; pour ce pan sur le bec, je remercie mon lecteur. Un traducteur doit penser. Penser à tout, penser sans trêve, penser à 360° – quitte à revenir à son point de départ.
Comment avais-je pu ne pas y penser ?
RMV

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La Nuit des rois

Ce TWELFTH NIGHT est une adaptation scénarisée pour le théâtre de la Nuit des rois de Shakespeare dans une nouvelle traduction d’André Markowicz. L’adaptation originale signée par Bérangère Jannelle et André Markowicz est « twistée » pour huit acteurs, compagnons de LA RICOTTA. La version proposée navigue entre mélancolie post-naufrage et réinvention d’un amour qui fait bouger les petites frontières du moi pour découvrir l’autre, au-delà des genres et des conventions. Nous flirterons alors avec une nouvelle nouvelle vague qui rimerait à la fois avec nostalgie pour le paradis perdu de la dolce vita (l’enfance, le rétro) et avec l’expérimentation présente de nouvelles règles sociales et théâtrales.

Du 12 au 28 mai
Carreau du Temple
4, rue Eugène Spuller, 
75003 – Paris

Bévues et boulettes, la suite…

Un cas de lapsus clavis : « Entrapinée par un torrent de passoni ». Sort tragique ? Scène torride ? Non. Simplement, l’annulaire droit s’est crispé juste avant la touche de l’accent circonflexe, et les doigts sont devenus dyslexiques. C’est que le cerveau saturé de clichés a voulu son lapsus, sa part d’évasion, lui aussi… Ceux et celles d’entre nous ayant traduit des romans sentimentaux parviendront sans peine à rétablir la bonne typographie. In translatio veritas ?
Maïca S.

Un rendez-vous avec mon éditrice pour passer en revue les dernières corrections sur ma traduction. Nous tournons une page…
— Et alors là, je ne sais pas, c’est très bizarre, me dit-elle, l’air un peu gêné.
Je lis le passage qu’elle m’indique. Ne vois rien.
— Mais quoi ?
— Mais ça !
Je relis.
— Mais où ?
— Mais là ! « Il s’attendait à ce que ça lui tombe tout cru dans les mains. »
— Eh bien quoi ? C’est une expression très courante !
— Tout cru dans les mains ? Mais c’est dégoûtant ! Tu ne voulais pas plutôt dire « tout cuit dans le bec ? »
J’avais écrit, puis lu, relu et rerelu ce passage je ne sais combien de fois, sans tiquer le moins du monde… Depuis, je m’interroge : faut-il que j’aille m’allonger sur un divan ? Valérie L.

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1res Rencontres des organismes européens du Livre

phpThumb_generated_thumbnail-1Dans le cadre du Forum de Chaillot « Avenir de la Culture, Avenir de l’Europe » organisé par Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, les 4 et 5 avril, le CNL invite les organismes européens du livre à une série de rencontres sur le livre en Europe.

À l’initiative de Vincent Monadé, président du Centre national du livre, cette journée et demie de rencontres permettra de réfléchir aux problématiques liées au livre à l’échelle européenne, comme le droit d’auteur, la promotion du livre, l’avenir de la diffusion, ou encore la traduction.

Pour tout savoir sur ces rencontres, cliquer sur l’image.

 

Découvrez également la tribune que Vincent Monadé, président du CNL, consacre à ces rencontres dans le Huffington Post :

La plus récente attaque contre la culture est venue de Grèce. Sommé par la troïka, le gouvernement a pris la décision de faire abroger le prix unique du livre. En 2013 déjà, le gouvernement grec avait fermé le Centre national du livre grec, Ekebi. Ce n’est pas l’Europe que nous voulons… lire la suite

Festival Quais du Polar

Dans le cadre du festival Quais du Polar, qui se tiendra du 4 au 6 avril à Lyon, une rencontre sur la traduction aura lieu samedi 5, à 10 h 30 :

QDP14_affiche_1185X1750_BAT_SANS_LOGO2-200x295Traduttore, tradittore : La traduction, cet art si littéraire.
Avec Sophie Aslanides (traductrice de Craig Johnson), Benjamin Legrand (traducteur de Tim Willocks), Jean-Paul Gratias (traducteur de James Ellroy), Patrick Raynal (traducteur de Harry Crews).
Palais du Commerce, Salle Tony Garnier.

 

Consulter le programme complet des rencontres et conférences.

Pratiques d’éditeurs : 50 nuances de numérique

Une étude du MOTif (Observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France) sur le numérique, avec le concours du Labo de l’édition.

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Dans un paysage mouvant où les acteurs d’aujourd’hui ne seront pas forcément ceux de demain, cette étude fait un focus sur les types d’acteurs et leurs stratégies, décrit les pratiques professionnelles issues du web, répertorie les différents modèles économiques expérimentés et met en lumière les évolutions du métier. Lire la suite

Le nom du traducteur en couverture ?

« Impossible, voyons ! Ça n’entre pas dans notre charte graphique. Il n’y a pas la place, c’est moche, et puis ça ne sert à rien. Vous n’êtes pas graphiste, vous ne pouvez pas comprendre… »

Combien de fois avons-nous entendu ces « arguments » ? Et pourtant…

(Cliquer sur l’icône en bas à droite pour regarder en plein écran.)
Diaporama réalisé par Cécile Deniard.

Si c’était à refaire…

 

Cette nouvelle rubrique est née d’une conversation animée autour d’une bonne table et en bonne compagnie, conversation au cours de laquelle nous avons beaucoup ri en nous racontant nos propres gaffes, bévues et boulettes de traducteur. Nous savons tous que l’erreur nous guette à chaque détour de phrase – une fois qu’elle est débusquée, autant s’en amuser, nous sommes-nous dit, et glisser ces sourires entre nos articles plus informatifs. C’est donc Claude S. qui ouvre le bal, les autres suivront…

 

Bleu œuf-de-rouge-gorge
Vous ne vous représentez pas très bien cette couleur ? Moi non plus. C’est pourtant Rougegorge familier - oiseaux.netainsi que j’ai traduit robin’s-egg blue – en des temps lointains, cela va sans dire.
J’étais pressée, vous direz-vous, ou distraite ? Eh bien, pas du tout. Je me rappelle m’être gratté la tête avec perplexité, m’être assurée de la couleur des œufs de rouge-gorge, lesquels ne sont pas bleus, mais « blancs, tachetés de rouge ». Sans doute aussi me suis-je interrogée sur les intentions profondes de l’auteur… à qui j’ai finalement décidé de laisser « la responsabilité de ses propos ».
Je ne me souviens plus comment m’est venue la révélation de mon erreur : ai-je d’abord découvert que le robin américain n’était pas le robin européen, ou un œuf de merle américain est-il soudain apparu, un jour, sur mon écran ?… Car, vous vous en doutez, mon erreur date d’avant les recherches sur Internet…
Claude S. 

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À lire / avril 2014

– Pour la détente, un tumblr hilarant… et sexy ! Pin up translator.

– Nettement plus sérieux : une critique virulente de la dernière traduction de Heidegger chez Gallimard.

– Une interview d’Anna Papastavrou, traductrice en grec d’Ernest Hemingway, Mark Twain, Alberto Moravia, Cesare Pavese (entre autres !), lauréate de plusieurs prix de traduction. (En grec.)

merle-amerique-9
If I shouldn’t be alive

When the Robins come,
Give the one in Red Cravat,
A Memorial crumb.
Emily Dickinson

« Les mésaventures du merle : les américanismes chez Emily Dickinson »
Un article de Charlotte Mélançon dans la revue Mεta.

 

À deux voix

Maude Dalla Chiara et Frédérique Laurent évoquent leur traduction à quatre mains et deux voix de L’histoire de Mario de Mario Rigoni Stern (paru aux Édtions Arléa).

FL : On ne peut traduire à quatre mains par hasard ou par contrainte, car c’est le fruit d’un projet qui implique une idée commune du traduire, dans un même patrimoine culturel et affectif. L’histoire de Mario a vu le jour au Salon du Livre de Turin…

MDC : Nous étions à la recherche d’un livre inédit ; revoir Turin dans ce contexte était une évidence. Notre choix s’est arrêté sur Storia di Mario. Mario Rigoni Stern faisait partie de mes lectures, nous sommes originaires de la même contrée, nous sommes « pays » comme aurait dit l’écrivain, et je savais que Frédérique avait lu la majeure partie de son œuvre. Notre heureuse collaboration avec Anne Bourguignon, des Editions Arléa, a prolongé notre voyage.

FL : Il s’agit d’une série d’entretiens de Rigoni Stern qui retracent sa vie et son œuvre. L’essai de traduction nous a permis de réfléchir sur notre écriture. Il n’était pas question de se « partager le travail », car la fracture est toujours visible, on court à la dysharmonie de l’œuvre. Ce qui est valable pour un roman, un récit, l’est tout autant pour des entretiens. Nous avons sélectionné et traduit des chapitres de façon désordonnée, puis confronté nos écrits. Nous avons disloqué tout le texte pour le remettre sur ses rails. Et nous nous sommes réunies souvent, afin de résoudre les questions qui nous semblaient cruciales. Le discours, puisqu’il s’agit d’entretiens : comment rendre à ces textes leur spontanéité, leur résonance ?… L’oreille de l’écrivain était toujours très attentive aux moindres murmures, aux moindres tressaillements des hommes et de la nature. Nous avons écouté et visionné de nombreux films et enregistrements consacrés à Rigoni Stern, afin de nous tenir au plus près de sa voix.

MDC : Se confronter à un même texte est très enrichissant, c’est une occasion rare et précieuse, c’est l’expérience du traducteur et de son double. C’est écrire à son miroir qui ne renvoie pas toujours l’écho que l’on souhaite entendre. Il ne faut pas penser gagner du temps en traduisant à quatre mains, mais juste à l’intérêt que représente le fait d’échanger des points de vue sur l’écriture elle-même, et les lectures respectives du texte ; de réfléchir à deux sur des passages précis et les casse-tête qu’ils renferment… Nous avons été confrontées à la difficulté de faire entendre la voix d’un écrivain qui s’exprime avec une « simplicité apparente » ou mieux, une « simplicité trompeuse »…

FL : D’autant que Rigoni Stern fait partie des écrivains italiens majeurs du XXe siècle. Pourtant après la parution de son premier livre qui l’a rendu célèbre, son éditeur chez Einaudi avait dit du débutant Rigoni qu’il n’était pas « écrivain par vocation ». Il n’avait pas fait d’études classiques ; plus qu’un écrivain ou un romancier, il aimait se définir lui-même comme un « narrateur qui raconte ce qu’il a vu et vécu ». Un écrivain « naturel ». Cette simplicité, cette modestie cachent en réalité une très grande connaissance de la langue et de la littérature italienne. Le livre qui l’a accompagné pendant la guerre en Russie et sa captivité, mais aussi pendant toute sa vie, était la Divine Comédie de Dante. Pour ce qui est de son écriture, il disait en effet que c’était naturel, qu’il avait toujours lu énormément, mais aussi que ses maîtres à l’école primaire lui avaient appris à se servir d’un dictionnaire. C’est ainsi qu’il aurait compris l’importance d’utiliser « le mot juste pour la chose juste ». Nous devions, par notre confiance mutuelle en l’écriture, rendre le juste naturel de celle de Mario Rigoni Stern.