Prix du sous-titrage, organisé par l’ATAA

L’ATAA (Association des traducteurs et adaptateurs de l’audiovisuel) vient de créer un Prix du sous-titrage, dont le but s’énonce ainsi : « faire connaître nos métiers et replacer la traduction audiovisuelle au cœur du processus de diffusion des œuvres ». Il récompense un auteur travaillant à partir de l’anglais et un auteur travaillant à partir d’une autre langue.
Pour cette première édition, le jury était composé de quatre traducteurs-adaptateurs, d’un distributeur et d’une chargée de production. Il a été amené à se prononcer sur une sélection de 19 films.

Le prix du sous-titrage 2011-2012 a été remis le mardi 20 mars 2012 dans les locaux de la FEMIS (Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son).
Il récompense Massoumeh Lahidji, pour le sous-titrage du film Une Séparation, d’Asghar Farhadi (distrib. Memento Films) et Pascale Joseph, pour le sous-titrage de la comédie américaine Bon à tirer, de Peter et Bobby Farrelly (distrib. Warner).

De notre envoyée spéciale, Valérie Julia.

Découvrez aussi le blog de l’ATAA.

Le nouveau site de la Charte

La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse a un nouveau site !
Le nouveau site de la Charte, ouvert en mars 2012, est construit sur une technologie plus flexible que le précédent. Il est plus facile à entretenir et à enrichir, ce qui permettra de le mettre à jour de façon plus fréquente pour mieux refléter les activités de l’association… [lire la suite sur le site de la Charte.

Une œuvre traduite est deux fois éditée

Comme on a pu le lire récemment sur ce blog, « Une œuvre non traduite n’est qu’à demi publiée ». C’est ce qu’Edmond Cary fait dire à Ernest Renan dans La traduction dans le monde moderne (Genève, Librairie de l’Université, 1956 – p. 10, si j’en crois Google Books). A l’heure où je couche ces lignes sur le papier debout sur l’écran, rien ne me prouve que Renan ait jamais écrit ou prononcé cette phrase – aucun des « traductologues » nombreux qui la citent n’est capable d’en donner la source chez Renan, chacun l’ayant trouvée chez un confrère. Mais si elle a été si abondamment reprise, et consignée par l’ATLF, c’est parce qu’elle rappelle et résume une qualité fondamentale de l’œuvre traduite, outre qu’elle gagne en diffusion : celle d’avoir été deux fois reconnue et choisie, deux fois écrite, deux fois relue par maints professionnels de la chaîne éditoriale – traducteur, éditeur, correcteur… Bref, deux fois éditée.
Dans ce réexamen, le traducteur, qui récrit le texte phrase après phrase, chapitre après chapitre, l’inspectant à la loupe, est aux premières loges pour déceler les erreurs factuelles, incohérences narratives et autres fausses citations qu’un livre peut renfermer. Et, après en avoir avisé l’auteur, pour les corriger.
On trouve une belle illustration de cette part du travail du traducteur dans le troisième volume du journal de Pierre Bergounioux, Carnet de notes, 2001-2010, paru le 5 janvier dernier aux éditions Verdier (p. 896). Il y évoque B-17G, récit paru aux éditions Argol en 2001 :

« Sa 23.8.2008
[…]
Catherine Flohic m’a adressé une copie de la lettre que lui a adressée un universitaire américain. Il a traduit B-17G et envisage de le publier. Seulement, le texte comporte une erreur énorme, qui m’a échappé. J’ai fait descendre en flammes l’appareil baptisé Shoo Shoo Baby, ayant lu quelque part qu’il n’était pas rentré de mission. Oui, mais, quoique gravement endommagé, il a poursuivi sa route et s’est posé à Malmö, en Suède. A la fin des hostilités, réparé, il a repris le chemin de la mère patrie et se trouve, aujourd’hui, au musée de l’USAF à Dayton, dans l’Ohio, où tout le monde peut le voir. C’est un de ces détails qui ruinent un récit, annulent l’effet de réel. Le livre perd son écho, son ancrage, n’est plus qu’un chiffon de papier. Si l’aventure de Smith doit être imprimée aux États-Unis, il faudra substituer au survivant de Malmö un appareil qui ait été effectivement détruit au-dessus de l’Allemagne. C’est de loin, sur la foi des livres, que j’ai parlé des adolescents qui combattirent et moururent dans les cieux d’Europe.»

Peine (provisoirement ?) perdue : aucune édition anglophone de B-17G n’a paru à ce jour…

Yoann Gentric

Terje Sinding se livre

Terje Sinding, quel est le dernier livre que vous avez traduit, qui a été publié, et que vous avez aimé?

Il s’agit de Lettre (une tentative) de Tomas Espedal, auteur norvégien né en 1961 dont c’est le premier livre publié en français. Un texte totalement inclassable, composé de cinq parties d’inégale longueur, jouant sur des genres très divers : la lettre-confession, le poème en prose, la poésie narrative. Au centre de cet ensemble, un personnage d’ancien boxeur devenu écrivain, et dont la femme vient de mourir. Faisant un détour par son passé violent, évoquant son goût pour la bagarre, il se bat contre le langage pour crier sa douleur. Et aussi pour dire ce projet insensé : ramener la défunte par l’écriture, tel Orphée ramenant Eurydice des Enfers. Il en résulte un livre extrêmement dérangeant. Et tout à fait passionnant par sa volonté d’explorer différents types d’écriture : le recours à des formes multiples permet non seulement de dire les choses autrement, mais aussi de dire autre chose, il participe de cette lutte avec le langage qui est au cœur même du livre.

 Quelles ont été les difficultés/plaisirs de traduction rencontrés ?
Contrairement à ce que pourrait laisser penser une première lecture, l’écriture d’Espedal est extraordinairement travaillée. Si la première partie – la plus longue – peut faire croire à un immense cri de douleur à la limite de l’inarticulé, on s’aperçoit très vite que les allitérations y abondent, que telle phrase est répétée textuellement quelques pages plus loin, que telle situation fait écho à telle autre. Ce bloc de texte – une cinquantaine de pages sans alinéa – est ainsi d’une construction très rigoureuse. Allitérations et effets d’écho se retrouvent bien entendu dans les autres parties du livre, mais ici le travail formel est immédiatement perceptible et on risque moins de passer à côté des figures stylistiques. Cependant, une partie des difficultés tient évidemment au caractère hétéroclite du texte : pour chaque partie, il faut inventer une nouvelle écriture.
Quant aux plaisirs, je dirais qu’ils sont liés aux difficultés. Il n’y a rien de plus stimulant que d’affronter un texte aussi exigeant.

Lettre (une tentative)
Tomas Espedal

traduit du norvégien par Terje Sinding.
Actes Sud, janvier 2012. 147 p., 16 €.

Signature du nouveau « Code des usages » entre le SNE et l’ATLF

Un an après la présentation du rapport de Pierre Assouline sur La condition du traducteur au Centre national du livre (CNL), le Syndicat national de l’édition (SNE) et l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) ont signé, samedi 17 mars au Salon du Livre de Paris, la nouvelle mouture du Code des usages pour la traduction d’une œuvre de littérature générale, dont la dernière version datait de 1993.

Signature SNE ATLF

Antoine Gallimard, président du SNE, et Olivier Mannoni, président de l’ATLF, en train de signer le nouveau Code des usages, lors du Salon du Livre de Paris, samedi 17 mars, à 18 heures.
(photo E.B.C)

Voir à ce propos le site Web de l’ATLF. Le texte remanié du Code des usages se trouve sur cette page.

Scotchant

Collage d’affiches dans un lycée américain. Al tire de sa poche… a roll of tape. Le ton est familier, la traduction coule de source : rouleau de scotch.

Bien, mais… scotch ou Scotch ? Le correcteur consulté prône la capitale. Non par crainte de confusion avec la bouteille du même nom, mais la marque est déposée. En principe, Mme 3M conserve ses droits dessus. Ce n’est pas que la dame soit sur la paille ni qu’elle risque de lancer des poursuites, mais, pour l’amour d’une minuscule, faut-il vraiment contrevenir à l’article L. 711-1 du code de la propriété intellectuelle ? Un traducteur est si farouchement attaché à certains articles du même code !
Donc, Al va tirer de sa poche un rouleau de Scotch ?
Hum, fâcheux. L’original est exempt de pub, pourquoi la v.f. en contiendrait-elle ?

Certes, les noms de marque ont envahi la littérature, des jeans aux céréales en passant par tous les breuvages – ce qui ne va pas sans compliquer la tâche du traducteur quand l’effet de familiarité tombe à plat –, mais est-ce une raison pour en « rajouter » ?
Alors ? Alors tant pis. Pour finir, l’objet du dilemme n’apparaissant que deux fois dans toute la séance de collage, ruban adhésif il sera. Du moins à la première occurrence, et rouleau à la seconde.

Ça colle un peu moins bien ? C’est un fait. (Méfiez-vous des contrefaçons.) Mais c’est là qu’intervient un petit tour de magic ! Car scotcher, le verbe, s’est astucieusement fait naturaliser. Il figure dans tous les bons dictionnaires juste après son papa, et lui se passe allègrement de majuscule. Et voilà nos affiches bien solidement scotchées.

Rose-Marie Vassallo

Publication du « Rapport Assouline » sur la traduction

Le Rapport de Pierre Assouline sur la condition du traducteur a été mis en ligne sur le site du CNL. Nous vous invitons à le consulter, si vous voulez en savoir plus sur la profession.

Le rapport sur la condition du traducteur a été demandé par le CNL à Pierre Assouline. Celui-ci est l’auteur de six romans et dix biographies. Journaliste littéraire au Monde des Livres, à l’Histoire, au Magazine Littéraire, il a fait de son blog, La République des livres, un poste d’observation majeur de l’écrit.

Qu’en est-il de la condition du traducteur, aujourd’hui, en France ? Comment cette question détermine-t-elle l’industrie, le commerce, le monde du livre ? Et en quoi conditionne-t-elle la notion comme la réalité des échanges culturels à l’échelle nationale, européenne et, par-delà, internationale ?

Porté par une enquête sans précédent, nourri d’analyses, de chiffres et d’entretiens, servi par une plume sans concession, ce rapport, tout en dressant un bilan argumenté de la profession et un état contrasté du débat, entend avant tout ouvrir à un dialogue renouvelé.

Remis dans sa première version lors du Salon du Livre 2011, le rapport rédigé, à la demande du CNL, par Pierre Assouline sur la condition du Traducteur est disponible dans sa version numérique.

Éloge de la ficelle

 — On aurait dû y aller, Michel, à cette table ronde sur la formation du traducteur, le 25 octobre dernier.
— Tout n’est pas perdu, Volkovitch : on a le texte des interventions sur le site de la SGDL. Je suis même allé jeter un œil.
— Toi aussi ? Que penses-tu de l’histoire des ficelles ?
— … ?
— Tu sais bien, l’un de nos amis, Françoise Wuilmart ou Antoine Cazé, je ne sais plus, évoque les « ficelles du métier » qu’on apprend au CETL de Bruxelles ou au Master de Paris 7…
— Ça me revient. À la fin, un autre traducteur-formateur, que je ne connais pas, intervient. Il proteste. Il n’aime pas les ficelles.
— Tiens, j’ai retrouvé le passage :
« Je ne me reconnais pas vraiment dans la vision que certains ont donnée de la formation du traducteur, avec des termes tels que “ficelles du métier”, comme si la formation consistait à transmettre des techniques ou un savoir-faire. Se joue selon moi non pas la traduction d’une langue vers une autre langue, mais avant tout la traduction d’une œuvre. »
Alors, qu’en penses-tu ?
— Je peux le dire ? Et la Netiquette, qui nous interdit de taper sur les confrères ?
— Ah bon ? Tu voudrais taper ? Tu as une objection, là, toi aussi ?
— Écoute, je ne veux pas débiner le confrère. Ce qu’il dit là, c’est beau ! c’est noble ! Il nous honore ! Nous ne sommes pas de simples linguistes, ou des tâcherons appliquant mécaniquement des petites recettes, mais des littérateurs tutoyant des œuvres, respirant l’air des cimes…
— Oui, ça ne manque pas d’allure, et pourtant nous sommes vaguement gênés…
— C’est que le confrère simplifie beaucoup ! En fait il y a la langue, puis la langue écrite par l’auteur, puis éventuellement sa langue dans l’œuvre en question…
— … et pour traduire l’œuvre, il faut sentir l’écart entre chacune des trois langues…
— … et dans l’œuvre il y a ces trois langues, rien d’autre. Langue ou œuvre, faux problème, tout le monde a raison.
— Mais ce mépris pour les « ficelles du métier » ?
— C’est vrai que ça fait minable… des petits trucs, des bricolages… Mais pour moi, la traduction, c’est ça ! Le menu détail, la débrouille, l’astuce… Savoir-faire, ficelles, j’aime ces mots, parce qu’ils sont humbles, concrets, artisanaux. Avant d’être des artistes, on commence par l’artisanat. On se fabrique une boîte de petits outils. Le savoir-faire, c’est l’acquisition des réflexes, qui nous libère l’esprit pour l’éventuelle venue de l’inspiration…
— Oui, et moi ce que j’aime aussi dans la ficelle, c’est son côté gamin… Traduire pour moi, c’est toujours un peu retomber en enfance. On manie les mots comme de la pâte à modeler. Voilà pourquoi c’est tellement jouissif ! Il y en a qui traduisent des œuvres ; moi je joue dans mon bac à sable. Alors, entre les beaux esprits qui fréquentent les Œuvres et les ramasseurs de bouts de ficelle, ceux qui vous emmènent au salon et ceux qui vous montrent la cuisine, les traductologues et les bricolos, je ne sais pas qui traduit le mieux, mais je sais avec qui je me sens bien.
— Pas con ce que tu dis là, pour une fois !

Michel Volkovitch

 

« Place des auteurs » au salon du livre

Voici les rencontres proposées par l’ATLF au Salon du Livre, sur le stand « Place des auteurs » (R41), pour les vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 mars prochains.
Toutes ces rencontres sont libre d’accès, dans la limite des places disponibles.

Vendredi 16 mars
11 h – 12 h Un auteur et son traducteur.
David Bellos (Le poisson et le bananier, une histoire fabuleuse de la traduction, Flammarion, 2012) et son traducteur Daniel Loayza.

Samedi 17 mars
12 h – 13 h Traduire pour la jeunesse, du conte au roman.
Avec Rose-Marie Vassallo, auteure et traductrice (Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire de Lemony Snicket) et Isabelle Lafonta, auteure et traductrice, spécialisée dans le conte.
Modération : Cathy Ytak, traductrice et auteure.
Cette table ronde est organisée par la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, et l’ATLF.

14 h – 15 h Atelier de traduction en direct.
Avec Catherine Richard, traductrice de l’anglais (Ecosse) d’auteurs tels que John Burnside, Conan Doyle, Alan Warner, etc. Prix Baudelaire de la traduction (2004).

Dimanche 18 mars
11 h – 12 h Entre indicible et intraduisible : la poésie japonaise à l’épreuve des jeux de sonorités.
Avec Dominique Palmé, traductrice et interprète du japonais.

14 h – 15 h Atelier de traduction en direct.
Avec Françoise Brun, traductrice de l’italien d’auteurs tels que Silvia Avallone, Alessandro Baricco,  Rosetta Loy, Milena Agus, etc. Grand prix de traduction de la SGDL (2011).

Toutes ces rencontres ont bénéficié du soutien de la SOFIA.