Rencontres autour de la traduction théâtrale

Du 2 au 6 mai à l’ATALANTE, à Paris.
Rencontre autour de la traduction théâtrale.
3ème saison : l’Allemagne
Invité d’honneur : Jean-Louis Besson

La Compagnie Agathe Alexis, la Compagnie des Matinaux (Alain Barsacq), la Compagnie RL (René Loyon), la Maison Antoine Vitez – centre international de la traduction théâtrale (direction Laurent Muhleisen) et le Centre National du Théâtre (direction Jacques Baillon) s’associent pour interroger les problématiques de la traduction théâtrale, en parcourant chaque année la dramaturgie d’un pays.

Le Goethe-Institut est partenaire de l’édition 2012.
Ce projet 2012 s’inscrit dans le cadre du Tandem Paris-Berlin organisé à l’occasion des 25 ans d’amitié entre les villes de Paris et de Berlin.

Pour consulter le programme, et pour plus de renseignements :
http://www.compagnierl.com/newsletter/cierl_newsletter17.htm

 

L’Atalante
10, place Charles Dullin
75018 Paris


Le blog de la Fabrique des traducteurs

Le Collège international des traducteurs littéraires (CITL) d’Arles accueille depuis 2010
la Fabrique des traducteurs
.
Ce programme a pour objectif de donner à de jeunes traducteurs en début de carrière l’occasion de travailler avec des traducteurs expérimentés et de les familiariser avec le paysage de la traduction et de l’édition dans leurs pays respectifs.
Chaque atelier met en présence, pendant dix semaines, trois jeunes traducteurs étrangers et trois jeunes traducteurs français.
La deuxième Fabrique de traducteurs de russe a entamé ses travaux à la fin du mois d’avril.
Vous pourrez en suivre l’avancée en vous connectant sur le blog des traducteurs d’Arles à l’adresse suivante : http://www.collegedestraducteurs-arles.blogspot.com/


Les toits du Collège des traducteurs, à Arles (photo C.Y.)

Après la Fabrique Russe, sont prévues : la Fabrique Serbe, Croate, Monténégrin et Bosniaque ; la Fabrique Coréen ; et la Fabrique Espagnol.
Pour plus de renseignements sur la Fabrique des traducteurs :
http://www.atlas-citl.org/fr/citl/la_fabrique_des_traducteurs.htm

Traduire Pessoa (citation)

Pessoa, pour nous dire, avec une suprême élégance, cette détresse totale de devoir exister, s’est forgé une langue nouvelle, chargée de nous amener au seuil de l’indicible. Il désarticule la phrase, viole la syntaxe, introduit ruptures, syncopes, rapprochements brutaux, coexistence de mots ne pouvant, par nature, coexister — bref, convulse son langage, en usant de toutes les ressources de sa langue.
Et le traducteur ?…
Le traducteur doit avouer qu’il tente, de son mieux, de suivre et de retrouver le mouvement souterrain de cette pensée exploratoire ; et d’épouser toutes les singularités du langage pessoanien pour rendre l’extraordinaire saveur d’inconnu et de découverte qui est la leur.
Le lecteur doit donc être averti que les innombrables ruptures ou violations de syntaxe, les images abruptes, les audaces, les néologismes, les obscurités, les mélanges de styles qui parsèment ce texte, ne sont pas (obligatoirement) des erreurs ou des gaucheries de traduction : ce sont — transcrites comme a pu les transcrire le traducteur, malheureux et ravi — autant de merveilleuses, d’intraduisibles trouvailles de Pessoa, pour traduire le mystère. […]

 

In « Avertissement au lecteur », par Françoise Laye.
« Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares », Fernando Pessoa.
traduit du portugais par Françoise Laye.
1ère édition 1988. Nouvelle édition revue, corrigée et augmentée de nombreux inédits,  Christian Bourgois éditeur, 1999.

Programme Georges-Arthur Goldschmidt 2013

Communiqué du programme Georges-Arthur Goldschmidt, 2013, appel à candidatures.

Programme franco-allemand-suisse pour jeunes traducteurs littéraires.
Le programme Goldschmidt est destiné à de jeunes traducteurs littéraires venant d’Allemagne, de France et de Suisse. Chaque année, cinq traducteurs germanophones et francophones ont ainsi l’occasion de s’informer sur les maisons d’édition allemandes et françaises. Ils travaillent également sur leurs projets de traduction sous la tutelle de traducteurs expérimentés. Ce programme a pour objectif de soutenir ces jeunes passeurs de langue et de culture, et de renforcer le dialogue littéraire et culturel entre ces trois pays voisins que sont la France, l’Allemagne et la Suisse.

Organisateurs :
Le Bureau international de l’édition française (BIEF), la Foire du livre de Francfort et l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ).
L’OFAJ coordonne le programme et le soutient financièrement.
Le programme est également soutenu par la fondation suisse pour la culture Pro Helvetia.

Programme :
* Séminaires d’introduction à Paris et à Berlin
* Rencontres avec des éditeurs en France et en Allemagne
* Ateliers de traduction au Literarisches Colloquium Berlin (LCB) et au Collège international des traducteurs littéraires (CITL) à Arles
* Lecture et bilan à Arles

Conditions de participation :
* Être entièrement disponible pendant toute la durée du programme (janvier à mars 2013)
* Être âgé de moins de 30 ans (35 ans sur dérogation)
* Être titulaire d’une maîtrise ou d’un master et/ou avoir publié au moins une traduction littéraire
* Résider de façon permanente en France, en Allemagne ou en Suisse

Dossier de candidature :
* CV
* Lettre de motivation
* Si possible : l’extrait d’une traduction littéraire de l’allemand publiée avec son texte original
* Projet de traduction : présentation du texte choisi (1 page) et un court extrait de traduction avec son texte original (5 pages maximum)
* Le projet de traduction est un texte écrit en allemand sur lequel le traducteur souhaite travailler pendant les ateliers. Vérifiez, s’il vous plaît, que les droits de traduction n’ont pas encore été vendus en France et que l’auteur choisi n’a pas de traducteur attitré.

Les dossiers de candidature sont à envoyer uniquement par mail jusqu’au 31 août 2012.
Pour plus d’informations, consultez le site du BIEF.
Contacts : Katja Petrovic et Pierre Myszkowski

À vos fantasmes !

On imagine une partie de pique-nique chez Nicholson Baker : chacun arriverait dans sa grande maison ouverte à tous vents avec pour seule consigne d’apporter non seulement une bouteille, mais aussi un bon fantasme de derrière les fagots. Face au lac, chacun lèverait son verre à l’assemblée, puis raconterait le sien, dans la bonne humeur et les éclats de rire. On se claquerait sur l’épaule : « Elle est bien bonne celle-là ! Nick ! Il faut que tu la mettes dans ton livre ! » Et, assis en tailleur, une pipe à la bouche, l’auteur prendrait des notes.

C’est peut-être ce qui s’est bel et bien passé à un moment de l’écriture de cette improbable Belle Échappée, sous-titrée « roman grivois » par l’éditeur – et il n’y a là, en effet, que de joyeuses parties de jambes en l’air dans les situations les plus inventives et les plus désopilantes qui soient.

On peut lire ce livre seul, ou à deux, et en retirer grand plaisir. On peut aussi inviter des amis, comme Lewis Carroll, qui nous dirait que c’est de plus-t-en-plus curieux que tous ces personnages parviennent là en plongeant dans des trous, qu’ils changent de taille, qu’ils apparaissent et disparaissent à souhait, que des têtes, des… ou des… soient coupées… Mais non ! Qu’irait-il chercher là ? Au porno des merveilles, aucune référence intertextuelle, bien sûr !

C’est malin ! Sur mon lit défait, il y a maintenant cinq ou six versions françaises d’Alice en plus de l’original, La Belle Échappée et trois autres livres de Nicholson Baker : Vox, Le point d’orgue, Updike et moi. Je me lève, écrasant Justine (tu n’y es plus du tout, ma petite !), piétinant O (si tu savais !) et d’autres que je tairai. Je me recouche avec mon ordinateur. En quelques clics, j’accède à des critiques américaines de The House of Holes (La maison des trous !) et je trouve des bribes de l’original. Oui, bien sûr, les « masturboats » sont devenus des masturbateaux, le « Cock Ness Monster », le monstre du Zob Ness… Mais je voudrais bien savoir ce qu’était dans l’original le berceau à sadinet où Luna s’assied pendant que Chuck lui caresse les cheveux, l’arbre à chibres ou encore la planchatte sur laquelle Henriette part en balade régénératrice sur le lac.

Que faire ? Allez, j’ose ? Je prends contact avec le courageux traducteur d’un bouquin aussi épuisant physiquement. Il ne me dit pas grand-chose, tout occupé qu’il est à je ne sais trop quoi. Seulement ceci : « Il m’a fallu élargir un peu le lexique pour éviter les trop nombreuses répétitions : on rencontrait en effet beaucoup de cock et de pussy. » Ah ! Merci ! Là où l’auteur a associé, multiplié, ajouté, cumulé, décuplé les seins, les fesses, les sexes, les têtes, les cœurs, le traducteur a varié les plaisirs et les façons d’appeler une chatte une chatte. Édifiante lecture !

La Belle Échappée
Nicholson Baker
Traduit de l’anglais par Eric Chédaille
Christian Bourgois éditeur, 2012, 310 p.

Emmanuèle Sandron

L’École de traduction du CNL est sur les rails

C’est parti ! La nouvelle École de traduction du Centre national du livre (ETL-CNE) a ouvert le 7 avril une première session. Expérimentale, elle durera 11 semaines.

Le matin, Jean-François Colosimo, président du CNL, a lancé les festivités. Puis, en présence d’André Markowicz, de Florabelle Rouyer et d’Isabelle Nyffenegger (directrice et directrice adjointe du département Création du CNL, qui ont plus particulièrement œuvré avec Olivier Mannoni pour la concrétisation du projet), Olivier Mannoni a exposé le programme des réjouissances : se former aux techniques de la traduction en oubliant l’exercice de la version, et le faire dans le jeu et le plaisir.

ETL - présentationLes quinze candidats retenus pour cette première session ont brièvement décrit leurs parcours, aussi divers que leurs langues de travail. Beaucoup des futurs intervenants – traducteurs et autres professionnels – étaient là. Ils se sont eux aussi présentés.

André Markowicz, première séance ETL

 

 

L’après-midi, André Markowicz a assuré la première séance de formation. Avec lui – et avec Hamlet –, les participants se sont lancés dans l’aventure : tenter de résoudre la, ou plutôt les nombreuses questions que pose la traduction.

Marie-Christine Guyon

TransLittérature n°42

Sommaire du n° 42 de TransLittérature.

Côte à côte : Rabelais relooké (Michel Volkovitch)
Journal de bord : Calligraphie des rêves (Jean-Marie Saint-Lu)
Ils traduisent, ils écrivent : Entretien avec Khaled Osman (Emmanuèle Sandron)
Profession : La traduction littéraire : Forum de la SGDL (Corinna Gepner, Marie Gravey, Laurence Kiefé, Delphine Rivet)

Colloques
La journée de printemps 2011 : Traduire l’ivresse
— Programme
— Remerciements Prix Nelly-Sachs (Laurence Breysse-Chanet)
— « Topers, tosspots, sots and archsots » (Béatrice Trotignon)
— L’ivresse est respiration (Laurence Breysse-Chanet)

Les Assises 2011 : Traductions extra-ordinaires
— Programme complet
— Assises extraordinaires
— Le wardwesân sans peine (Emmanuèle Sandron)

Lectures
La condition du traducteur, Pierre Assouline (Jacqueline Lahana)
— Dossier « Traduire aujourd’hui », revue de la BnF n° 38 (Santiago Artozqui)
— Le tour du monde d’Astérix, actes de colloque (Corinna Gepner)

Parcours
En cheminant avec Hubert Nyssen (Pierre Furlan).

Brèves
Pour vous abonner à TransLittérature (deux numéros par an), adressez-vous à ATLAS/TransLittérature, 99 rue de Vaugirard, 75006 Paris.

Retrouvez Translittérature en ligne !

La Traductrice, par Efim Etkind

Salon du Livre. L’espace de l’Ile-de-France, comme ceux des autres régions, héberge des éditeurs particulièrement créatifs. Sur un petit stand, des couvertures aux beaux graphismes en noir et blanc m’attirent. Et parmi les titres, celui-ci – forcément :
                        La Traductrice

Après m’être jetée dessus, je m’aperçois que je suis en terre connue des lecteurs du blog, car je suis chez les éditions Interférences, déjà évoquées ici et .
Sophie Benech, éditrice et traductrice de La Traductrice, m’explique qu’elle ne publie que deux titres par an. L’illustration de couverture compte autant que le texte. Leur genèse est retracée dans une brochure aussi soignée que les livres eux-mêmes.
Une fois dans le métro, je me plonge dans ce bref récit, curieuse d’une nouvelle œuvre où intervient un membre de la profession.
La Traductrice
relate l’histoire de Tatiana Gnéditch. Sous Staline, elle est emprisonnée par la police politique. Son seul crime, dont elle affirmera par la suite s’être dénoncée elle-même, est d’avoir rêvé de se rendre en Grande-Bretagne sur l’invitation d’un diplomate, admirateur de l’une de ses œuvres. « Confession hallucinante, mais on n’avait pas trouvé d’autre chef d’accusation. » Elle va passer dix ans en prison et en camp.

Extrait :

Un jour, elle fut convoquée par son dernier interrogateur, qui lui demanda : « Pourquoi vous ne prenez pas de livres à la bibliothèque ? Nous en avons beaucoup, vous êtes en droit de le faire… » Tatiana Gnéditch répondit : « Je suis occupée, je n’ai pas le temps. » « Vous n’avez pas le temps ? » demanda-t-il sans vraiment s’étonner, car il avait déjà compris que sa protégée se distinguait par certaines bizarreries. « Je traduis. » Et elle précisa : « Un poème de Byron. » L’interrogateur était cultivé. Il s’avéra qu’il savait ce qu’était Don Juan. « Vous avez le livre ? » demanda-t-il. Elle répondit : « Je traduis de mémoire. » Il fut encore plus étonné. « Comment faites-vous pour vous souvenir de la version définitive ? » demanda-t-il, manifestant une compréhension inattendue de l’essence du problème. « Vous avez raison, dit-elle, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Si je pouvais noter tout ce que j’ai déjà fait… Surtout que j’approche de la fin. Je ne me souviens plus bien du début. »

Par la suite, on lui donne l’édition originale du poème, pour poursuivre son travail. Tout au long de sa détention, elle gardera son manuscrit avec elle.
J’avoue avoir eu un doute sur son existence… Pourtant, elle et son histoire sont, hélas, trop extraordinaires pour être inventées. Et les collègues me confirment que les détails biographiques indiqués dans le récit sont bien réels.
L’auteur, Efim Grigorievitch Etkind (1918-1999) est historien de la littérature, traducteur de poésie européenne et théoricien de la traduction. Lui-même victime de la répression soviétique, il publie clandestinement articles et traductions.

La Traductrice
Efim Etkind
Traduit du russe par Sophie Benech
Éditions Interférences, 2012

Marie-Christine Guyon